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jeudi 5 novembre 2009

PRESSE ECRITE A LA SORBONNE D'ABIDJAN : DE LA CENSURE A L'OUVERTURE




De la censure ou quand la joute oratoire enflamme les kiosques






Entre 2002 et 2005, la Sorbonne a entretenu des rapports conflictuels avec la presse de l'opposition. Elle était perçue comme l'instrument qui a entraîné la guerre ou le vent qui a attisé les flammes de la haine contre le régime en place. La censure est tombée : interdiction de vente ou de promotion des journaux de l'opposition dans cet espace et ses pairs (congrès, agoras, parlements et autres espaces d'Abidjan et même de l'intérieur).


Une détente sous surveillance


Bien avant la signature de l' accord Politique de Ouagadougou (APO), l'attitude de la Sorbonne à l'égard de la presse de l'opposition a changé. On peut voir dans les buralistes proposer les journaux de l'opposition comme le Patriote et Nord-Sud. Il est même possible de se les procurer et de les lire sur place. Ce changement s'inscrit dans le cadre du mot d'ordre de l'ensemble des organisations de La Mouvance Présidentiel (LMP) qui est la décrispation de l'atmosphère dans le champ politique et la participation active au processus de paix en cours. Mais cette ouverture reste fragile. Avec le dépôt des candidatures pour l'élection présidentielle à venir, on observe des crispations, qui, si elles ne sont pas contenues vont ouvrir la voie à un type de 2ème censure dont les formes ne seront pas loin des précédentes (agressions des buralistes, destruction de journaux, etc.). Les démonstrations de force qui fusent de part et d'autres des quartiers généraux des partis politiques font craindre une violence généralisée qui va s'exprimer partout. L'opposition ne compte plus se faire "rouler dans la farine".





mardi 6 octobre 2009

« IL FAUT SAUVER LE SOLDAT DADIS » : LE PRESIDENT, LE COMMANDANT, LE MILITANT ET LE REVENANT.


On peut le dire, le 28 septembre demeure une date mémorable pour les Guinéens. Indépendante le 28 septembre 1958, elle plonge dans une violence militaire rare le 28 septembre 2009. Au cœur du dernier évènement : le Capitaine Président Dadis Camara, les opposants et l’armée. Le contrôle de l’Etat prétorien échappe au Capitaine Président.

« Je vais rendre le pouvoir à un civile propre » : le capitaine-lavandier

Le 23 décembre 2008, devant le corps encore chaud du Général Lasana Conté, un jeune capitaine de l’armée Guinéenne s’empare du pouvoir d’Etat. C’est par le canal des médias que les Guinéens et le monde entier découvrent le premier visage de ces jeunes soldats qui ont coupé l’herbe sous le pied des autres prétendants qui lorgnaient secrètement le siège présidentiel. Le capitaine Dadis Camara et ses amis prennent le contrôle du pays verrouillant tous les mécanismes institutionnels de transition en cas de décès du Président. Parlant de ses rapports avec le Général défunt, Dadis confie qu’ « il savait que j’avais des ambitions, mais pas démesurées. Il savait qu’après lui, je serais le premier à bondir sur la prise du pouvoir. Et quand il est mort, je n’ai pas cherché à demander à Pierre ou à Paul, ni à la communauté internationale qui parle maintenant, pour prendre mes responsabilités ». Et en ‘bondissant’ sur le pouvoir, il s’était engagé, au début de ses grandes messes médiatiques, « à rendre le pouvoir à un civile propre ».

Le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), la junte au pouvoir dirigée par Dadis avais des projets d’adduction d’eau courante, d’électrification et d’amélioration du système de santé a des populations déjà lessivées par le long règne de Lansana Conté. Au point de séduire toute l’opposition politique. L’opposant historique Julius Olympio lui-même avait accordé toute sa confiance aux jeunes soldats. Et c’est en sauveur que les populations les recevaient dans des haies d’honneurs bruyantes.

L’adoubement des militaires a franchi les frontières de la Guinée. Le Président Sénégalais Abdoulaye Wade s’est en effet empressé de féliciter son ‘fils’ Dadis. Il apporte tout son soutien à son protégé en l’invitant à organiser dans les plus brefs délais les élections présidentielles. Mais grisé par le vertige des honneurs militaires, le Capitaine Président manifeste des velléités de troquer le treillis militaire pour le costume présidentiels trois pièces. Comme le général Président Robert Guéï qui a refusé en sons temps de rendre les locaux propres et le balai aux civiles en Côte d’Ivoire, le capitaine rechigne à rendre le linge qu’il a lavé aux Guinées.

« Ma candidature dépend du peuple » : Jeu de bottes, jeu de vilains à Conakry

Les hésitations du Président Dadis à se retirer agacent les populations et la communauté internationale. Face à la pression générale il profère des menaces. « Moi, je suis imperturbable. D’ailleurs, je ne me suis pas encore déclaré candidat. Non pas, parce que j’ai peur de la communauté internationale. Pas parce que j’ai peur aussi des leaders politiques. Mais je suis en train de suivre mon peuple ». Mais ce peuple qui le suit paiera le prix de son projet de réclamer son départ du pouvoir. Le 28 septembre dernier, une manifestation de l’opposition pour empêcher la candidature éventuelle de Dadis est violemment réprimée par les miliaires. Elle avait été préalablement interdite par la junte. Le bilan est lourd. Une arithmétique macabre divise les acteurs et les observateurs de cette crise. Les organisations de la société civile dénombrent 157 décès quant la junte en déclare 57. A côté des morts de nombreux blessés et des femmes victimes de violences sexuelles sont identifiées. Les blessés sont poursuivis dans les hôpitaux d’où ils sont extraits pour des destinations inconnus. Les morts eux-mêmes n’échappent pas à la furia des bérets zélés. Ils sont ‘enlevés’ des morgues et des artères de la ville par des croque-morts en treillis militaires.

Les soldats poursuivent leur sale besogne jusque dans les quartiers où les ratissages font également des victimes parmi les populations. Les domiciles sont fracturés et les locataires délestés de leurs biens. Sans défense, les Guinéens revivent pendant quelques jours, les souvenirs douloureux des exploits d’un certain ‘Coplan’ chargé de restaurer l’autorité de l’Etat du vivant de Lansana Conté avec une cohorte de soldats déchaînés. On a encore en mémoire les images de ces soldats transformés en pilleurs, des Highlanders vivant en tuant.

« Dire que je contrôle l’armée serait de la démagogie » : requiem pour un putschiste

Les images des victimes du 28 septembre ont incité Dadis à initier la mise en place d’une commission d’enquête internationale en rapport avec l’ONU. Selon un communiqué officiel « Au nom du peuple de Guinée, et suite aux évènements douloureux du 28 septembre, le CNDD et le gouvernement expriment leur compassion aux familles des victimes et demandent (…) la désignation d’un sage président africain pour la médiation en Guinée et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale intégrant l’ensemble des partis politiques chargé de gérer la transition ». Le mercredi 30 septembre et le jeudi 1er octobre sont déclarés « journées de deuil national ». Ces mesures ne semblent pas apaiser l’ire de l’opposition et la volée de bois vert que l’Union Africaine et l’Union Européenne projettent d’asséner à la junte. Les condamnations continuent de s’abattre sur les putschistes. Le Président se retrouve également en face de revenants qui très certainement vont troubler son sommeil pendant longtemps. Il vient de fabriquer des martyrs pour l’opposition qui n’hésitera pas à se servir de ses morts pour l’affaiblir ou le débarquer du pouvoir d’Etat.

Cet épisode de violence militaire en Guinée traduit en réalité les rapports complexes que l’armée entretient avec le corps social. Depuis longtemps ce pays a entamé un lent processus de clochardisation et de bandisation de son armée. Les soldats se plaignent régulièrement de soldes qui ne couvent pas leurs besoins. Le racket seul ne suffit plus à arrondir les fins de mois et, avec le temps, les soldats se sont transformés en bandes de bandits de grands chemins. Les revendications corporatistes débouchent très vite sur des pillages qui sont tolérés par le pouvoir en place. Tout se passe comme si un deal leur permet de « se rattraper » légalement.

Toujours prête à en découdre violemment avec les populations, l’armée guinéenne n’est pas encore délivrée de ses vieux démons. Depuis le Président Sékou Touré, elle affiche clairement ses intentions de ne pas se limiter à protéger les institutions de la République. L’armée est dévorée par le désir de posséder, pour elle seule, le pouvoir. Depuis 1989, le contexte socio-politique de l’Afrique de l’Ouest fonctionne comme un moteur qui entretient cette situation. Cette région est traversée par des guerres gigognes. Les conflits armés se déplacent d’une aire géographique à une autre dans le même espace régional. Derrière elle, se constituent des hordes de mercenaires dont la transhumance est facilitée par les liens séculaires culturelles (ethnies, alliances à plaisanteries, coutumes) partagées par des peuples dispersés dans des pays différents. Ainsi, en plus des motivations pécuniaires, les mercenaires sont parfois mus par des logiques sociales qui se déclinent dans des rivalités et des vengeances entre des groupes sociaux et armés déterminés.

La spirale de conflits a facilité la circulation des armes et une modification de la structure de l’armée guinéenne. Entourée par des pays en conflit Lansana Conté à bunkerisé son pays en recrutant à tour de bras des soldats prêts à protéger son pouvoir contre d’éventuelles attaques venues des voisins. En recrutant lui-même parfois des mercenaires pour renforcer ses effectifs ou en se procurant des armes. Les querelles de génération dans l’armée complexifient davantage la situation. Les jeunes soldats fraîchement sortie des écoles de formation sont bloqués par des anciens (de l’époque de Lansana Conté) nourris par le clientélisme et la corruption. Ces jeunes gens supportent difficilement l’autorité de ces aînés.

D’autre part, la circulation des biens et de personnes sur l’axe des deux Guinées ouest africains a des répercussions sur la Guinée. Comme la Guinée-Bissau, la Guinée est devenue une plaque tournante de la drogue en provenance des pays d’Amérique Latine. Des cartels locaux sont soutenus par de gros trafiquants latiaux qui sont prêts à tout pour écouler la drogue en Europe et en Amérique via l’Afrique. Et dans cette guerre des gangs, le contrôle partiel ou total de l’armée est un avantage comparatif énorme. Dans un Etat où les dealers et certains militaires font bon ménage, il n’est pas superfétatoire d’avancer que l’instauration d’une démocratie militaire est plus urgent que des élections libres et transparentes qui porteront un « civile propre » au pouvoir.

La conséquence immédiate de cette situation est l’indiscipline rampante qui mine l’armée guinéenne. Et le Président Dadis lui-même n’a pas échappé à cette constance. En ‘bondissant’ sur le pouvoir il n’avait pas tenu compte du niveau d’éducation de ses troupes. La maladie de l’ancien chef, Lansana a effrité le mythe sinon la peur qui auréolait l’armée dans les imaginaires. Il ya une sorte d’hyperbolisation de l’armée. Déjà les opposants de Sékou Touré ont fait connaître au monde les tristement célèbres geôles du camp Boiro. D’une manière ou d’une autre l’armée guinéenne imprègne la société entière et lui imprime sa vision du monde. De Sékou Touré à Dadis Camara, l’ordre militaire règne à Conakry.

lundi 21 septembre 2009

RELATIONS COTE D’IVOIRE-BURKINA-FASO : MORT ET RESURRECTION D’UNE COOPERATION.

Depuis quelques jours, l’axe Abidjan-Ouagadougou polarise l’attention des médias. La Côte d’Ivoire et le Burkina-Faso tentent de ‘’réchauffer’’ une coopération qui, au lendemain de la crise militaro-politique du 19 septembre 2002 avait pris du plomb dans l’aile. Derrière le traité d’amitié et de coopération se joue les élections présidentielles dans les deux pays et le positionnement des leaders politiques.

De l’inondation à la coopération : quand la nature arrange les choses


Le 1er septembre 2009, les villes de Ouagadougou, Kaya, Tougan, etc. sont avalées par des trombes d’eau qui plongent les populations dans la désolation. Les images de la catastrophe sont relayées en boucle par les médias locaux et internationaux. Devant l’ampleur des dégâts, le Président Blaise Compaoré lance un appel à la communauté nationale et internationale en vue d’assister les victimes de la catastrophe. Même si l’on ne peut pas ignorer un renforcement des relations entre les deux Etats suite à la guerre en Côte d’Ivoire, il n’en demeure pas moins que le cri de détresse du Président Compaoré marque un tournant important dans le cours de leur collaboration.

L’appareil politique des deux Etats s’est mis en branle à partir de cette inondation. Cet évènement survient à un moment important de la gestion de la crise ivoirienne : la publication de la liste électorale. Ou plutôt son report. Prévue pour le 15 septembre, l’affichage de la liste est reporté sine die. Et pour cause, selon la CEI, « Pour des raisons indépendantes de sa volonté, la Commission Electorale Indépendante (CEI) porte à l’attention de la Communauté Nationale et Internationale que la publication de la liste électorale provisoire prévue pour la mi-septembre sera décalée de quelques jours ». Les organes en charge de cette tâche (CEI, INS, ONI, SAGEM, CNSI) sont soutenus par le Premier Ministre Soro Kigbafori Guillaume. Au sortir d’une réunion avec eux, il a affirmé que : « S’ils sortent la liste provisoire le 15 septembre à midi ou le 16 à midi, ce n’est pas cela le problème de la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire veut aller à des élections, nous devons tenir ces élections le 29 novembre 2009 et c’est cela qui nous importe » (http//www.ceici.org). RFI pour sa part annonce cette publication entre le 30 septembre et le 15 octobre 2009. Ce énième report a soulevé une levé de boucliers dans les rangs de l’opposition notamment le Rassemblement Des Républicains (RDR) qui se plaint de se que « On peut considérer que le peuple ivoirien est en train d’être floué ».

Mais ce report est masqué par un ballet diplomatique qui se traduit par le don de la Côte d’Ivoire à sa sœur voisine en difficulté et la visite médiatisée du Président Burkinabé Blaise Compaoré. Une mission humanitaire dirigée par l’ambassadeur Alcide Djédjé est dépêchée au Burkina-Faso. Cet élan de compassion s’évalue à 500 millions de FCFA soit près de 700.000 euros offert au Burkina-Faso.
Mais c’est la visite du Président Compaoré en Côte d’Ivoire (du 15 au 18 septembre) qui est susceptible de masquer ou du moins préparer les ivoiriens et le reste de la communauté internationale à accepter ce report. Un vaste programme est conçu pour meubler cette visite. A côté de la rencontre des acteurs impliqués dans l’organisation des élections, il est prévu la rencontre des différents partis politiques et un séjour à Mama, le village du Président Gbagbo. L’un des points focaux de cette visite est la mise en œuvre d’un traité d’amitié et de coopération entre la Côte d’Ivoire et le Burkina-Faso. Pour l’essentiel il porte sur 6 points qui sont relatifs à la politique et la diplomatie ; la fluidité du trafic, des infrastructures routières et ferroviaires ; l’agriculture, la production animale et les ressources halieutique ; l’énergie et les mines ; les postes et télécommunications et les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et la sécurité et la défense entre le deux Etats.

Au cœur de la coopération : les élections présidentielles et le positionnement politique

Outre le traité d’amitié et de coopération, la visite du Président Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire cache les enjeux électoraux qui se construisent dans les Etats. Le chef d’Etat burkinabé est le principal facilitateur dans la résolution de la crise ivoirienne. Sa présence en Côte d’Ivoire au moment du report de la publication de liste électorale vise à apporter un soutien au Président ivoirien et le Premier Ministre. Il s’agit de donner du crédit au processus de sortie de crise en permettant aux ivoiriens « d’avaler la pilule du report ». La crise de confiance généralisée, la méfiance des partis politiques et de certains observateurs à l’égard de la CEI, la SAGEM et de l’INS plombent les possibilités de règlement du conflit. C’est surtout les soupçons de manque de volonté du Président et de son Premier Ministre qui sont avancés. Le Président Blaise Compaoré tente de sauver le processus en se présentant comme un gage de bonne volonté de ces derniers à œuvrer pour le retour à la paix par l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles.

Mais sa présence est surtout un gain pour le Président Gbagbo et son premier Ministre. Eu égard à son influence sur les ex-rebelles le Président Gbagbo peut compter sur lui pour amener Soro Guillaume et ses hommes à s’investir sincèrement dans le processus en cours. Au mieux, il recherche le désarmement de la rébellion avant les élections pour contenter ses partisans et montrer à tous ses détracteurs que l’Accord Politique de Ouagadougou (APO) « se porte bien ». Dans cette période de pré-campagne présidentielle il négocie également le soutien de l’ancienne rébellion qui, a n’en point douter compte un électorat (parmi les nombreuses organisations sympathisantes et militantes qui gravitent autour d’elle) qu’il serait bon de mettre dans son escarcelle. Cet allié est d’autant plus stratégique qu’il fonctionne dans les imaginaires collectifs comme le chiffon rouge du champ politique ivoirien. Tous les partis politiques caressent le secret projet d’avoir avec eux cette opposition armée, qui du fait de son passé militaire, est susceptible de faire peur à plus d’un.

Le rapprochement entre la Côte d’Ivoire et le Burkina-Faso profite également au Président Blaise Compaoré qui lui aussi est en campagne électorale. Les élections présidentielles sont prévues pour l’année 2010 au Burkina-Faso. Et la victoire dans ce pays peut aussi venir d’Abidjan. Kima Emile, le bouillant Président de l’organisation de soutien à l’accord de Ouagadougou passe pour être le joker du Président Compaoré en Côte d’Ivoire. Opérateur économique bien introduit auprès de la galaxie patriotique, ce jeune Burkinabé jouit de tous les atouts pour battre campagne en faveur de son mentor en Côte d ‘Ivoire, le Président Blaise Compaoré. La Côte d’Ivoire compte un fort contingent de burkinabés dont les intentions de vote vont compter pour beaucoup pendant les élections. La sortie du Président Compaoré pour signer un traité de coopération et son implication dans le règlement de la crise ivoirienne visent à améliorer les conditions de vie de la diaspora Burkinabé en Côte d’Ivoire. Le vote de ces derniers est d’autant plus important que dans la sous-région, la Côte d’Ivoire compte le plus grand nombre de Burkinabés. La perspective de ce projet place le Président Gbagbo dans une place de choix dans le dispositif de campagne de Blaise Compaoré. Il compte bien profiter de l’aura diplomatique dont il est revêtu depuis la crise ivoirienne du 19 septembre 2002.

Par ailleurs, le Premier Ministre Soro Guillaume joue aussi son avenir politique dans cette crise. Au sortir de ce conflit, il voudra certainement s’imposer dans le champ politique ivoirien. Et pour compter dans cet espace, il se doit de construire sa carrière maintenant. Le règlement de cette crise détermine ce projet. Son habileté à en sortir sans écorcher son image mais surtout le soutien qu’il apportera au camp qui sortira vainqueur tracera la voie de cette nouvelle orientation. Dans son nouveau rôle « d’arbitre » qu’il revendique, il se positionne comme l’un des acteurs politiques les plus importants de la 3ème génération, après celle des Houphouët Boigny et des Gbagbo Laurent. Et nul doute que l’un de ses plus farouches et fidèles adversaires sera Charles Blé Goudé, le leader de la galaxie patriotique. Dans ce jeu de positionnement, le Premier Ministre sait qu’il doit effacer de la mémoire des populations le souvenir de son passé de rebelle en ménageant à la fois ses troupes et ses adversaires politiques.

vendredi 17 juillet 2009

Elections présidentielles en Côte d’Ivoire. La campagne électorale de 2009 à la Sorbonne d’Abidjan.

Les prochaines élections présidentielles en Côte d’Ivoire sont prévues pour le 29 novembre 2009. Les acteurs politiques se préparent à prendre le pouvoir d’Etat. La Sorbonne aussi. « Pour le remettre au candidat du peuple ».
Le 14 mai 2009, à la sortie d’un conseil des ministres, le Premier ministre ivoirien Soro Kigbafori Guillaume annonce les élections présidentielles pour le 29 novembre 2009. Depuis cette date, on observe une certaine agitation dans les Espaces de Discussions de Rues (EDR) à Abidjan. En réaction à la préparation des partis politiques notamment le FPI qui sont rentrés en campagne pour mobiliser leurs bases, les EDR s’activent pour sensibiliser leurs auditeurs.

A la suite de l’annonce officielle de la nouvelle date des élections, ils se sont réunis, à Cocody au siège du Congrès National pour la Résistance et la Démocratie (CNRD) pour choisir leur candidat. Et, Richard Dakoury et ses amis ont porté leur choix sur le Président actuel, Monsieur Laurent Gbagbo.

Les discours sont désormais orientés sur les enjeux des élections présidentielles à venir. Et la priorité est la réélection du Président Gbagbo Laurent. A côté des discours des orateurs qui se succèdent au milieu de la foule, des TD se forment pour prolonger ou renchérir leurs propos.
Selon un orateur, « la priorité en ce moment est le maintien du président au pouvoir ». Cela d’autant plus que « depuis le 19 septembre 2002, les patriotes se sont battus pour sauver la République. Il faut lutter maintenant pour que le président qui n’a pas pu travailler à cause de la guerre fasse son travail tranquillement. On ne s’est pas fatigué pour rien. On ne s’est pas battu pour que quelqu’un d’autre vienne prendre le pouvoir cadeau. Il faut maintenir le pouvoir, pour le remettre au candidat du peuple ». En clair le nouvel objectif est de travailler à la réélection du Président. Un éventuel échec de leur candidat serait semblable à une faiblesse de leur part. Mais surtout une faiblesse « pour ne pas avoir pu défendre le candidat qui connaît le peuple et que le peuple connaît. Parce qu’aucun des autres candidats ne connaît réellement la Côte d’Ivoire que lui. C’est lui que le peuple a choisi ». « Les enfants même qui ne font pas la politique le connaissent parce que c’est lui quia envoyé l’école gratuite pour eux au primaire. Ecole cadeau, c’est lui qui a fait ça pour que le peuple soit éclairé. Or quand les enfants te suivent, c’est que Dieu est avec toi, et si Dieu est avec toi, qui sera contre toi, personne ? Personne. C’est que tu vas gagner, c’est que Koudou va gagner ».

Les enjeux de la lutte sont tels que tout est bon pour atteindre l’objectif. Pour certains « il faut que le président Gbagbo soit élu de façon clair et propre fermer la bouche de ses détracteurs par des élections libres ouvertes à tout le monde même à Alassane Ouattara que tous les autres Président on refuser le droit de se présenter à la magistrature suprême », pour les autres, « on gagne ou on gagne, Gbagbo n’ pas d’adversaires. On va gagner, eux-mêmes ils sont au courant de ça ».

La réorientation des activités de la Sorbonne laisse transparaître son engagement dans les logiques et les pratiques du FPI et de ses alliés politiques (URD, UDCY, etc.). Elle s’est réapproprié son idéologie au point de se transformer en instrument de conquête du pouvoir politique du Président Gbagbo même si dans leurs propos les Sorbonnards et les Sorbonniens se défendent de « lutter pour la démocratie et non pour un individu car l’essentiel c’est le bonheur du peuple, avec ou sans Gbagbo ».

vendredi 8 août 2008

Les espaces de discussion de rue à l’épreuve du changement social. Les habits neufs de la Sorbonne d’Abidjan.


Depuis la mi juin 2008, une animation particulière anime la Sorbonne d’Abidjan. Des menuisiers, des maçons et d’autres manœuvres réaménagent l’espace. La démolition annoncée s’est muée en une harmonisation de la Sorbonne avec son environnement.

Les raisons de la réhabilitation

La Sorbonne d’Abidjan mène ses activités dans la commune du Plateau. Localisée au cœur du District d’Abidjan, le Plateau couvre un espace de 394 ha communément appelé « langue de terre » du fait du front lagunaire (ébrié) qui entoure ses flancs Est (baie de Cocody) et Ouest (baie du Banco). Après avoir abrité l’administration coloniale en 1934, le Plateau est devenu avec les changements socio-culturels et politiques, le centre de la vie politique, économique et sociale de la Côte d’Ivoire. La commune du Plateau compte 18.441 habitants et se distingue par son architecture et ses activités. Les nombreux buildings abritent les bureaux des ministères, les directions centrales et générales, les banques, les délégations diplomatiques, les agences et les galeries commerciales. La commune accueille, selon le Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (BNETD), plus de la moitié de la population abidjanaise (Le District 2001). Le Plateau se caractérise par une inexistence quasi-totale de possibilité d’extension parce que la recherche de logements reconvertis en bureaux ou remplacés par des immeubles spécialisées ont pour effet de concentrer la population en des lieux spécifiques (BNETD 2005).

Dans le cadre de la mise en œuvre de son programme d’assainissement, la mairie du Plateau a commandé une étude d’expertise de la Sorbonne pour évaluer les potentialités d’exploitation de cet espace. Selon un rapport de l’Office National de la Protection Civile (ONPC), «en vue de prévenir les risques éventuels d’incendie, d’explosion et de pollution de toute sorte, la commission spéciale de sécurité incendie émet un avis technique défavorable à l’exploitation des installations précaires et anarchiques réalisées aux abords de ce dépôt qui présentent de graves dangers pour la vie des populations ». La Sorbonne est donc selon la mairie source de menaces potentielles au nombre desquelles l’on compte les risques d’incendie, l’insécurité et les nuisances sonores. L’espace est considéré comme une marque de prolétarisation de l’espace et du paysage de la commune. Elle défigure ce que le maire du Plateau, Akossi Bendjo lui même appelle la ‘’miss des communes’’.

En plus de ces raisons d’ordres environnementaux, se placent l’épineuse et délicate question de l’administration financière mais surtout le problème sensible de l’inclinaison politique de la Sorbonne. Depuis la démolition du marché de la commune, la Sorbonne a « récupéré » la plupart des commerçants qui y exerçaient. A ceux-ci se sont ajoutés certaines personnes déplacées du fait de la guerre du 19 septembre 2002. A ce niveau il importe de souligner la fonction paradoxale d’Abidjan. Avant les évènements de septembre, la capitale était redoutée par une grande majorité des populations qui préféraient se concentrées dans les villes de l’intérieur pour réduire les dépenses familiales et extra-familiales. Evalué à 10% en 1985, le taux de pauvreté en Côte d’Ivoire est passé à 32,3% en 1993 et à 34,8% en 1995 pour s’établir à 33,6% en 1998 [1]. Avec la guerre, Abidjan est devenue le symbole du loyalisme, de la résistance, ville-forteresse qui a délogée les rebelles qui tentaient de s’emparer du pouvoir d’Etat [2]. La logique sécuritaire à crée un flux de populations vers la capitale. Le succès des premiers vendeurs attirent de nouveaux commerçants notamment ceux du secteur des NTIC (CD, DVD, VCD, DVix, téléphones cellulaires et leurs accessoires, etc.). Dès lors la mairie commence à s’intéresser à cet espace qui tend à être une véritable source d’entrée de devises. Malheureusement elle peine à y percevoir des taxes. Les tentatives du BURIDA pour aider les artistes à ne distribuer que des « CD stikés » sur l’espace échouent. Selon la direction générale des impôts le manque à gagner de la mairie par rapport à la Sorbonne est évalué à 18 millions de F.CFA [3]. L’argent ne masque pas les enjeux politiques qui opposent la mairie à la Sorbonne. Depuis 1990 l’espace de libres échanges fonctionne comme le cœur de toutes les revendications et contestations collectives populaires qui se construisent ou aboutissent au Plateau. L’adhésion de la Sorbonne au sursaut patriotique en septembre 2002 a complexifié davantage ses relations avec la municipalité [4]. Depuis cette date elle est considéré comme un vecteur perturbateur qui bat le rappel des troupes de tous les « désaffiliés » de la capitale. Ainsi, le maire a relancé son projet d’assainissement pour « contrer » l’hégémonie socio-politique d’un « administré » qui « fait de la résistance » [5].

Les résultats d’un compromis ‘’win-win’’ ?

Le bras de fer entre le maire et les acteurs de la Sorbonne s’est quelque peu assoupli. Ils ont trouvé un terrain d’entente. La Sorbonne a accepté de réduire son niveau de « dangerosité » en réaménageant l’immeuble des 60 logements. Les vendeurs installés en bordure de la route face au jardin public ont été recasés dans des box construit en dur. Ils ont délaissé les étages en bois qui obstruaient la chaussée. La circulation est plus aisée en dépit de l’accroissement de la population de travailleurs sur l’espace. Leur identification est assurée par une immatriculation visible au code qui se situe au linteau de l’entrée. La toiture de fortune (faite de sachet noire tenue par des lames de bois) de la salle VIP est remplacée par des feuilles de tôles. La salle s’est même agrandie pour les « étudiants » qui viennent de plus en plus nombreux écouter les « Professeurs » (orateurs). Des troncs de cocotiers sont venus renforcer les bancs devenus insuffisants. Le chantier se poursuit dans le sens de la « modernisation » de la Sorbonne. Ces acteurs ont gagné le pari de ceux qui ne vendaient pas chère la peau des « Sorbonnards » et des « Sorbonniens ». Par la négociation et l’exercice de la violence effective sur son territoire la Sorbonne a pu se maintenir sans faiblir. Du reste, les orateurs eux-mêmes soutiennent qu’ « en politique on ne fait jamais la passe à son adversaire ». Les transformations auxquelles l’on tente de la soumettre résultent du mouvement général des forces politiques et civiles ivoiriennes elles-mêmes en pleine mutation devant des idéologies protéennes telles que l’occidentalo-atlantisme, les terrorismes, l’asio-africanisme, l’indo-américanisme, l’arabisme, les christianismes, les islams, etc.

Pour l’heure on peut avancer que la Sorbonne est en train d’amorcer une autre phase de son évolution. Elle semble résister ou plutôt s’adapter assez bien aux transformations socio-politiques et technologiques de la Côte d’Ivoire. En témoigne la facilité avec laquelle elle s’est réappropriée les nouveaux produits culturels issus du développement technologique. Les cassettes VHS ont disparu et, les vendeurs qui ne commercialisaient que des CD et DVD en 2003 ont élargi leurs services en s’investissant depuis fin 2007 dans la vente de lecteurs CD et DVD. Les clients qui se plaignaient autrefois de la mauvaise qualité des supports (CD et DVD) ont maintenant la possibilité d’essayer sur place les produits achetés. Ces produits sont même en train de voler la vedette aux autres.

D’autres part les orateurs sensibilisent les travailleurs de la Sorbonne pour se conformer à son nouveau mode de fonctionnement. Ils intègrent bien le changement spatial qui a court à la Sorbonne en dépit d’un attachement à ce qu’ils appellent « leurs anciennes places ». Le mouvement suscité par les travaux de réaménagement appelle une anthropologie spatiale de la Sorbonne. Les déplacements ou déménagements se font par petites cohortes d’individus qui, à première vue ne sont regroupés que par secteurs activités. Ainsi les restaurateurs occupent un espace donné pendant que les couturiers et autres spécialistes du textile sont ailleurs. Le regroupement sectoriel ne gomme pas la vitalité des réseaux sociaux dans les transactions. En dépit de la « séparation », ceux qui ont travaillés ensemble pendant de longues années ont tendance à collaborer plus facilement entre eux qu’avec les autres. Les liens d’amitié et de parenté jouent également un rôle dans la gestion des affaires. Les conflits qui surviennent sont vite maîtrisés par les relations d’ancienneté dit de « doyennat ». C’est d’ailleurs sur cette base que se sont effectué les déplacements. Les plus anciens ont été recasés les premiers et les autres ont suivis après. Durant toute la journée ce sont les expressions « mon frère », « mon vieux », « la tantie », « mon petit » qui meublent une pratique discursive qui laisse transparaître des modes endogènes de gestion des rapports sociaux.

Références

1. DSRP 1992

2. Soro, G., 2005, Pourquoi je suis devenu un rebelle, La Côte d’Ivoire au bord du gouffre, Paris, Hachette Littératures.

3. L’Inter, N° 2977 du mercredi 16 avril 2008.

4.Blé, Goudé C., 2006, ‘’Crise ivoirienne’’. Ma part de vérité, Abidjan, Leaders’ team associated et Frat Mat éditions.

5. Fraternité Matin, N° 13029 du 16 avril 2008.

vendredi 4 juillet 2008

Ingrid Bétancourt, superstar des otages des FARC ou de la communauté internationale ?


Depuis le 2 juillet, la franco-colombienne Ingrid Betancourt est libre. Elle a recouvré la liberté après une opération militaire "impécable" organisée par l'armée colombienne. Derrière cette libération qui fait la une de tous les journaux se profile la construction d'un autre scénario politico-militaire.



La candidate, le soldat et le guerillero


Elue député en 1994, Ingrid Bétancourt décide de se présenter aux élections présidentielles de la Colombie en 1998. Elle est enlevé par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) en compagnie de sa directrice de campagne Clara Rojas le 23 février 2002. Plusieurs opérations de libération (pacifiques pour la plupart) ont été tenté pour la sauver. La presse rapporte à plusieurs reprises qu'elle a été malade. Mais rien ne pouvait infléchir la position des FARC qui ont décidé de faire de cette jeunne femme la favorite de ses otages. L'élection du Président Sarkozy de même que les manoeuvres du Président colombien ne changeront rien, ou presque. Car le 2 juillet, une ènième tentative menée à l'abri des plumes, des caméras et des micros trop bruyants de la presse abouti à la libération de la candidate-otage en compagnie d'autres camarades de cellule ou plûtot de ''brousse''.

Ingrid Bétancourt ou la construction de la figure emblématique de l'otage

La candidate-otage a, durant tout son séjour aux côtés de ses ravisseurs, ravi la vedette aux autres otages. Elle a plongé dans l'anonymat de nombreuses personnes qui sont mêmes entrées avant elle dans la captivité. Cette ascendance de Bétancourt sur les autres découle du statut particulier dont elle a jouit. Elle a concentré en elle, les figures à la fois de l'Etat en plein processus de dépérissement ou plus précisement d'affaiblissement. Elle était l'image réifiée d'un Etat en faillite. De plus, cette femme symbolisait la figure de la femme oppressée par un système marqué par le patriarcat. Dès lors, sans versé dans un féminisme candide, on peut avancer qu'elle a attiré vers elle la sympathie des femmes et de leurs défenseurs. Mais c'est bien évidement son statut de femme politique qui lui a valu sa notoriété. Les deux identités entre lesquelles elle ''surfait'' l'ont amené a porté les souffrances des autres otages sans noms et sans visages.

Dépasser l'euphorie pour ne pas oublier l'alter


Il convient de garder la tête froide apès la libération de Bétancourt. Car derrière cette femme se trouve de nombreux autres otages qui meurent de malaria et autres maladies tropicales. Il faut maintenir la pression sur les FARC pour que tous les otages soient libérés. Et l'arme redoutable de ce combat est Ingrid elle-même. Elle sera le porte flambeau de ses victimes qui souffrent dans le silence.

mardi 6 mai 2008

Aimé Césaire : la fin de la « trêve » négritudienne ?


L’écrivain, poète et homme politique français d’origine martiniquaise est décédé hier, jeudi 17 avril 2008. La disparition de cet homme, l’un des premiers chantres de la négritude pose, encore, le vieux problème, sans cesse ressassé de la construction l’identité africaine dans un monde dynamique.

La négritude césairenne : le combat d’un révolutionnaire controversé

Le mouvement de la négritude est apparu au grand public sous les traits du journal « Légitime Défense » en 1932 à Paris. A l’initiative de jeunes étudiants martiniquais ce journal qui n’est paru qu’une seule fois, prêche la libération d’un style d’écriture et d’une identité violée : celle des africains. Pour césaire : « La négritude est la simple reconnaissance du ait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture ». Comme il le dit lui-même : « Ma bouche sera la bouche des malheureux qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celle qui s’affaissent au cachot du désespoir ». A la fois phénomène civilisationel et historique, la négritude trouve avec Césaire une approche difficile, complexe, parfois brutale. Contrairement à Damas qui aborde la question de l’identité africaine sous une approche plus diplomatique, Césaire met le doigt sur la plaie sans complaisance. Au point d’indisposer ses compatriotes et d’agacer la métropole.

Dans ses œuvres Césaire s’est lancé dans la construction d’une identité qui restitue aux africains toute leur spécificité ontologique. Fin psychologue il a invité la communauté noire à un examen de conscience impartial pour regarder en face, sans faux fuyants, son identité. En effet, à une époque d’échanges entre les peuples, les dérives de l’acculturation. Le poète iconoclaste ramène à l’ordre ces noirs-blancs ou blancs-noirs qui refusent d’afficher « leurs cheveux crépus », de « bâiller sans tralalas », de boire « l’eau de coco qui faisait glouglou dans mon ventre au réveil ». Durant toute sa vie il a mené la vie dure aux africains qui refusent leur « négritude ». Tournant le dos à l’élite aliéné, le « bâtard » qui n’a plus de peau, plus de couleur, il a refusé le projet hégémonique de la colonie. Il a marqué un bémol à la logique de « séances de swing », de «lâchage », de « léchage » et de « lèche ».

L’on serait tenté de confiner l’œuvre de Césaire dans le registre du discours victimaire. Celui qui fait l’éloge d’un être tourmenté par son vis-à-vis. Victime passive et consentante d’un sacrifice expiatoire consacré sur l’autel de la folie du développement de nations vautours. L’écriture de césaire est plutôt celle d’une communauté qui s’engage à sortir de sa condition en mobilisant ses ressources endogènes.

Que vaut la négritude aujourd’hui ?

Le mouvement de la négritude a tout son sens aujourd’hui. Les nombreuses crises qui traversent la plupart de nos sociétés trouvent leurs origines dans la perturbation de l’identité. Inconstante, celle-ci bouge, se dé-constuit au contact des opportunités. Ainsi, l’identité peut revêtir autant de formes que de situations. D’où la difficulté à régler certains conflits armés et/ou politiques. Des communautés qui ont vécus en parfaite intelligence pendant de longues années entreront en conflit si les ressources (terres cultivables, eaux, énergie, mine, etc.) diminuent. Les logiques de conquête, conservation, renforcement ou élargissement de pouvoir de contrôle de ces ressources font le lit d’une vision manichéenne des relations. C’est l’installation d’un JE et d’un NOUS qui excluent les EUX et les VOUS. Ce qui bien évidemment empêche la construction d’un dialogue des cultures que Césaire portait en lui comme une estampille en adoptant la nationalité française. Il était l’un des nombreux exemples du métis, cet être pluriel qui bouge et circule entre plusieurs identités.

La nouvelle négritude, celle d’aujourd’hui fait la synthèse des valeurs africaines avec celles des apports étrangers. L’Afrique ne remportera pas seule le combat du développement. Pour se faire, il faut répudier les clichés construits autour de la négritude. Il est temps de décoloniser la négritude en lui « donnant la chance de se mouvoir » pour entrevoir des perspectives globales qui s’affranchissent des frontières temporels. L’accession des Etats africains à l’indépendance de même que la participation à certaines activités de l’ONU ne signifie pas la fin de la négritude. Il s’agit de l’ajuster, de l’adapter aux nouveaux défis qui se posent à nous. Pour ne pas sonner la fin de la « trêve ».