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jeudi 9 juin 2011

Dans la forge du Dieu Vulcain : les défis de la fonte de la nouvelle armée ivoirienne


Le nouveau gouvernement du régime Ouattara s'installe. Avec lui, l'armée ivoirienne est en train de se construire. Avec d'énormes défis à relever.



Au commencement était le feu

Le 19 septembre 2002, des groupes armés ont lancé des attaques simultanées sur plusieurs villes de la Côte d'Ivoire. Cette date marque le début de la tourmente dans laquelle se trouve l'armée. Mais, à y regarder de plus près, les hoquets de la grande muette éburnéenne ne datent pas d'aujourd'hui.
Houphouët Boigny avait greffé à la police et aux militaires la gendarmerie pour assurer la stabilité de son régime. En sus, le corps de la garde républicaine veillait soigneusement au fauteuil du "vieux". En bon stratège politique, il a su s'accommoder des sautes d'humeurs de l'armée jusqu'à sa disparition. Il alliait savamment le bâton et la carotte pour calmer les soldats trop bruyants.
L'arrivée au pouvoir du Président Bédié va modifier le rapport du politique au militaire. Soucieux de profiter de "l'héritage" qui venait de tomber entre ses mains, le dauphin constitutionnel d'Houphouët Boigny n'a pas su faire bon ménage avec son armée. A la clochardisation, s'est ajoutée un déficit de communication sinon un manque de regard avisé pour lire dans les soubresauts qui ont suivi son accession au pouvoir les signes annonciateurs d'un mécontentement. C'est ce manque de discernement qui va l'emporter dans le paquetage d'un père Noël sanglé dans un costume militaire. Dans la foulée, de nombreux éléments de l'armée qui ont maille à partir avec le pouvoir s'exilent dans les pays limitrophes.
Laurent Gbagbo va hériter de cette armée composée en grande partie d'éléments frustrés, déçus et exilés. Entre temps, le mortel poison de l'ivoirité savamment transformé en redoutable arme politique fait son effet. Des soldats sont "invités" à prendre conscience de ce qu'ils sont déclassés, méprisés et maltraités. Les médias et une partie de la communauté intellectuelle s'attellent consciemment ou inconsciemment à construire et à entretenir le sentiment d'exclusion. Les "soldats maudits" sont fabriqués à coups d'articles de journaux, articles scientifiques, conférences, colloques, symposiums et ateliers scientifiques. Pendant se temps, sur le terrain de la vox populi, des intellectuels accompagnent des harangueurs de foules dans les rues des quartiers des villes. L'homme solitaire d'Hemingway partage sa lourde froide et chaude solitude avec des populations informées, désinformées, manipulées et instrumentalisées.
Le paroxysme de la fabrication du sentiment d'exclusion va aboutir à la construction d'une armée traversée par des élans de méfiance, de défiance et de revanche. La grande muette éclate et toutes les entreprises pour la ressouder, pour unir les "frères d'armes" sont vains. Trop de querelles ont divisé la famille.

A la fin, le feu ?

Le régime des libéraux conduits par Alassane a hérité d'une armée défigurée. Sans visage. Dans les rues, les populations sont face à des groupes armés bigarrés, des bandes "Nzassa" pour parler de façon triviale. Les noms (de ces groupes et de leurs chefs) qu'ils se sont donnés sont évocateurs de la guerre en Côte d'Ivoire. Ils font tous allusion au sang, à la violence, la peur, la bravoure et la terreur. Ainsi on rencontre ces groupes sous appellation de "compagnie guépard", "Tonnerre", "Ben Laden", etc. Pour rassurer on les a appelés Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI).
En fait, c'est une armée hétéroclite d'anciens soldats de métiers en disgrâce avec le pouvoir de Laurent Gbagbo, les "Zinzins" et "Bahéfouès". A eux se sont ajoutés les dissidents de la crise post-électorale. Cette catégorie est difficile à identifier car, à la réalité, elle regroupe plusieurs soldats qui se sont enrôles à la cause de Ouattara selon l'évolution de la crise en Côte d'Ivoire. Une lecture diachronique permet de détecter la vague des soldats qui, au lendemain de la proclamation des résultats présidentielles de novembre 2010 avec la bicéphalisation de la Présidence se sont ralliés. Ceux qui se sont rangés derrière Ouattara en ce moment ont commencé à se désolidariser de leurs frères d'armes. Discrète et disparate cette catégorie est peu connue. Et ce d'autant plus qu'elle était basée sur la conviction de son porteur. Le ralliement est plus psychologique que professionnel. Par peur de leur intégrité physique ces soldats obéissaient à la hiérarchie sans exprimer leur refus. "Un soldat ne discute pas, il obéit aux ordres" pourrait-on dire.
L'évolution rapide de la situation va construire la catégorie la plus visible des dissidents. Ce changement est lié à l'ouverture des portes de l'Hôtel du Golf. Transformé en QG de campagne du candidat Alassane, il va se muer en "Bunker" pour recevoir les individus en rupture de bancs avec Laurent Gbagbo. En plus des personnalités politiques et les nombreux anonymes qui s'y sont réfugiés, on y retrouve désormais les "déserteurs" de l'armée de Laurent Gbagbo. Le refus d'obéir aux ordres de son supérieur se traduit par une fugue dans l'Hôtel-bastion. De nombreux soldats rejoindront ainsi Alassane dans cet hôtel perçu par le camp adverse comme un "kyste", un "cancer" à enlever. Mais le mouvement d'enrichissement de l'Armée de Ouattara ne se limite pas là. Au contraire, il va s'accélérer.
La "bataille d'Abidjan" va ouvrir le début d'une période d'enrôlement de l'armée ouattarienne. En effet, plusieurs jeunes et vieux, partisans et sympathisants de Ouattara vont rejoindre son armée. Et c'est la ville d'Abidjan et sa banlieue qui va lui offrir son plus gros contingent. Désœuvrés, chômeurs, repris de justice, travailleurs du privé, etc. vont prêter main forte aux anciens éléments Forces Armées de Forces Nouvelles (FAFN) en faction au Golf hôtel.
Le défi majeur de "bravetchè", Alassane Ouattara, est de parvenir à rapprocher ces groupes des éléments de l'ancienne armée (FDS) et à les fondre en une seule entité. Il ne sera pas aisé de réunir ces hommes qui viennent de se combattre, à mort. Les plaies, béantes, sont encore vives. De plus, il faut trouver la perle rare qui saura fédérer tous ces hommes qui pendant un moment ont obéi à des chaînes de commandement différentes idéologiquement et militairement. Alassane risque de se retrouver avec une armée où des ex FAFN vont obéir à leurs commandants de zone quand des ex FDS ne se plieront qu'aux injonctions de leurs anciens chefs démesurés fidèles à Laurent Gbagbo jusqu'à sa chute. Même écartés, les hommes comme Philippe Mangou, Guai Bi Poin et Dogbo Blé continueront d'avoir une forte influence sur leurs hommes. De plus, les traditions des écoles de formation vont fonctionner comme un frein à la fonte de l'armée. Formés dans les écoles militaires locales ou internationale comme Saint-Cyr et West Point, il sera certainement difficile pour les anciens soldats de métiers de s'accommoder de la présence de rebelles clonés et de civils zombités, encore moins d'obéir à leurs ordres.
Même en soldant la question des grades, il reste à craindre la gestion des futurs équipements militaires. A quel moment Alassane saura-t-il que les anciens soldats fidèles à Laurent Gbagbo se sont véritablement "convertis", c'est-à-dire pénétrés de l'idée que la tête de la magistrature suprême à laquelle ils doivent obéir à changé ? De sorte a accepter de leur donner leur dotation en armes. Les indicateurs en la matière sont assez flous et volatils. Pour preuve la plupart d'entre eux ont été désarmés et côtoient des FRCI parfois surarmés. Ils sont affectés, lorsqu'ils sont acceptés, à des tâches purement administratives. A eux, l'on peut ajouter les nombreux éléments des FDS qui, pour échapper à la chape de feu lancée par les FRCI et leurs alliés internationaux, sont en exil. Ils constituent un noyau dangereux dont l'ombre menaçante va toujours planer autour du régime Ouattara. Si, en 2002 Laurent Gbagbo se méfait de l'axe Ouaga-Bamako, Ouattara lui se méfie maintenant de l'axe Accra-Monrovia.
Enfin, l'éternel et épineuse question du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion est encore pendante. Comment calmer cette horde de jeunes qui se sont enrôlés dans le secret espoir d'obtenir un emploi. Surtout que la plupart d'entre eux se sont accoutumés au métier des armes avec tous les privilèges qui s'y rattache.L'entourage est déjà sensibilisé à fréquenter un soldat. Il n'est pas sûr que ces jeunes se débarrassent de leurs attributs militaires si facilement. En témoigne les courses poursuites entre les soldats FRCI eux-mêmes et entre eux et les soldats des Nations Unies et de la Licorne pour désarmer les élements inaptes à exercice du métier des armes. Ces refus finissent parfois dans la violence. De plus, se pose le problème de l'efficacité des mécanismes de réinsertion des anciens soldats. Le PNRRC peut-il, avec ces kits de réinsertion, insérer un individu qui, par la force de son arme a possédé des millions e FCFA et la "gloire" ? Pas facile de répondre à cette question eu égard à la facilité avec laquelle Soro Guillaume a remis en ordre de bataille son armée de soldats pour faire tomber, avec l'appui des forces internationales, Laurent Gbagbo.
Les soldats insuffisamment ou mal réinsérées côtoient une population importante de jeunes à risques avec laquelle, ils ont, lors de la "bataille d'Abidjan" partagés les peines et les joies du front. Les populations auront à côtoyer des individus ou des repris de justice qui maîtrisent parfaitement le maniement des armes et les techniques commando. Cette compétence reconvertie pour le vol et le pillage va contribuer à accroître de manière exponentielle le taux de criminalité en Côte d'Ivoire.
Le régime de Ouattara s'est installé avec le soutien de l'extérieur. Ce "coup de main" militaire pèse comme le péché originel qui menace son pouvoir. Les alliés et amis passeront pour récolter les dividendes de leur soutien. Ils sont multiples et multiformes mais chacun réclamera sa part du gâteau économiquement, politiquement ou militairement. Et les soutiens continuent toujours. Ouattara pourra-t-il refuser des contrats léonins ou des parts de marchés à ses soutiens même si leurs intérêts mettent en péril ceux des Ivoiriens ? En tout cas, il a encore besoin de la Licorne et de l'ONUCI pour consolider son pouvoir. C'est sans doute cette raison qui l'a poussé à réclamer de tous ses vœux le maintien du 43ème Bataillon d'Infanterie de Marine (BIMA) de Port-Bouêt. Les grandes ambitions qu'ils nourrit pour la Côte d'Ivoire ne doivent pas occulter l'impérieuse nécessité d'asseoir une armée forte et indépendante prête à défendre le pays sans avoir à faire ressortir des tiroirs les vieux accords de défense miliaires sans cessent activés et réactivés selon le bon vouloir, et le pouvoir de Paris.Pour l'heure le Dieu Vulcain est à l'ouvrage dans sa grande forge en attendant de livrer aux Ivoiriens le glaive qui la protégera des nombreux chiens de guerre et autres avides de pouvoir.

samedi 28 mai 2011

Pluralité de la presse écrite en Côte d’Ivoire : le retour de Notre Voie, pro-Gbagbo


Ce lundi 23 mai 2011, le journal, proche de l’ancien Président, Laurent Gbagbo est réapparu dans les kiosques. Il signe le retour de l’opposition dans le champ politique ivoirien.

Notre Voie : requiem pour un journal

Après 53 jours, le journal phare du FPI est à nouveau dans les kiosques à journaux. Dans l’éditorial de sa parution du lundi 23 mai 2011, il fait l’état des lieux des dégâts : « Bon nombre de travailleurs ont vu leurs domiciles pillés. Certains ont été profondément traumatisés et demeurent encore en exil, hors du pays. D’autres bien que vivant en Côte d’Ivoire et même à Abidjan, continuent de se terrer. Depuis le 12 avril, le siège de leur entreprise, fruit de leur sacrifice consenti pierre par pierre depuis 1998, est totalement pillé et vidé de tout le matériel de travail. Les deux rotatives de l’imprimerie de la société ont été incendiées. Même la carcasse de la machine à feuilles destinées aux travaux offset (fabrication de livres, affiches, prospectives, etc.) a été démontée et emportée. Quant au bâtiment lui-même, il est occupé, depuis le 11 avril, par les hommes armés pro-Ouattara qui en empêchent l’accès aux journalistes ». En clair, Notre Voie est un journal sinistré. Il fonctionne en ce moment dans la clandestinité avec un personnel restreint. Et sa ligne éditoriale n’a pas changée. César Etou, le rédacteur en chef par intérim, César Etou le dit « Nous défendrons les plus faibles et les plus exposés. (…) Nous rejetterons les appels à brûler ce qui reste de ce pays défigurer. Nous dénoncerons les exactions qui rendent hypocrites les appels des nouvelles autorités à la réconciliation. (…) Notre Voie encouragera tout appel au « rassemblement » qui vise, avec sincérité, la phase civilisée de la crise ivoirienne. C’st-à-dire la réconciliation et la réinstauration de la démocratie ».
La parution du quotidien du FPI est le fruit de plusieurs efforts conjugués. En constant l’absence du journal dans les kiosques à journaux au lendemain de la crise post-électorale de mars-avril 2011, plusieurs organisations de défenses des droits de la presse et de l’homme sont montés au créneau. L’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), le Groupement des Editeurs de Presse de Côte d’Ivoire (GEPCI), l’Union Internationale de la Presse Francophone (UPF-Côte d’Ivoire), le Syndicat National de la Presse Privée de Côte d’Ivoire (SYNAPPCI), le Conseil National de la Presse (CNP), le Fonds de Soutien et Développement de la Presse (FSDP), la section Afrique de Reporter Sans Frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et l’Organisation des journalistes de l’Afrique der l’Ouest sont des organisations qui ont œuvées pour que Notre Voie survive à la crise.

Ecrire autrement les pages de l’histoire de la presse écrite ivoirienne

Le journal Notre Voie a été littéralement « déchiré » et les lambeaux, emportés par ces bourreaux. La mésaventure du journal « bleu » laisse transparaître plusieurs réflexions. La distribution radicale des journaux en deux blocs diamétralement opposés a fait le lit d’une violence qui a creusé la tombe de la presse ivoirienne. De part et d’autre des deux camps qui se sont affrontés (le Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) et La Majorité Présidentielle (LMP)), de nombreux journalistes se sont comportés comme les porte-flingues des acteurs politiques (chefs de partis politiques ou personnes gravitant autour d’eux).
Le parti pris a mis sous l’éteignoir le code de déontologie et l’éthique et a alimenté la sève de la haine qui s’est diffusée dans le corps social à travers les écrits. Les journaux achetés ont fonctionné comme des munitions qui ont nourri et entretenu les rancunes et les rancœurs. Les leaders ont subi les chaudes charges des plumes envenimées : injures, diffamations, exhibitions dans des postures humiliantes, intoxication, manipulation, dissimulation sont les maîtres mots qui ont animés les rédactions et chauffés les esprits à blanc. Ces hommes de presse ont construit la violence préparée, mère de la violence spontanée. Le résultat est là. Cruel. Pour les perdants. En effet, happés par l’infernal tourbillon des démons de la guerre, les journalistes envoutés se sont crus différents des autres, d’eux, de ceux qui respirent, des hommes, des humains faits d’eau, de chair et de sang. Tout simplement vulnérables. Contrairement à eux qui étaient revêtus d’une sorte d’immunité à la fois spirituelle et humaine. Certainement qu’ils ont pensé qu’ils seraient épargnés par les balles assassines et les coups de soldats transformés en machines à tuer pour le contrôle de la capitale. La seule règle pour eux était « Kill or be killed ». Les journalistes ont de ce fait subi eux aussi les effets pervers de la violence généralisée qu’ils ont eux-mêmes contribué à construire et à entretenir. Le matériel de travail de même que les travailleurs sont indifféremment sinistrés. Mais la facture est plus salée à Notre Voie, proche de Laurent Gbagbo.
Les journalistes dits « neutres » ou faisant l’effort d’être impartiaux et équilibrés dans le traitement de l’information ont fait leur travail. Mais le niveau de violence était tel qu’il empêchait toute lecture saine et sereine des évènements. La paix revenue, la presse doit penser la crise pour se situer non seulement dans le processus de réconciliation post-conflit mais surtout pour repenser sa place et son rôle dans la démocratie en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas le lieu de refaire l’histoire de la presse écrite. Mais, il est à souhaiter que la presse fasse un profond travail d’introspection. Dans cette période sensible et volatile comme celle que nous traversons actuellement, le retour aux valeurs cardinales du professionnalisme est un impératif. Et dans ce jeu, les autorités qui sont entourées d’une « armée » de spécialistes de la communication devraient, pour la paix et la réconciliation, tout mettre en œuvre pour qu’une presse équilibrée et juste voit le jour. Et cela passe par la restitution des locaux de Notre Voie et de la réhabilitation de ceux des autres journaux bleus. La traque des journalistes doit cesser autant que les menaces d’attentat à leur vie. La Haute Autorité de la Communication et de l’Audiovisuel (HACA), née des cendres du CNP, a un rôle primordial à jouer dans ce sens. Il s’agit, pour le RHDP, de savoir conserver son équilibre et éviter de sombrer dans les travers qu’il a lui-même dénoncé et combattu farouchement. La liberté de la presse écrite est un important indicateur de fonctionnement de la démocratie dans un Etat. Il est d’autant plus vital que nous nous situons dans une nation qui sort d’une guerre où toutes les bornes rouges des interdits ont été arrachées.

Côte d’Ivoire : nomination de la première chancelière de l’Ordre national


Depuis la chute de Laurent Gbagbo, la construction de la 3ème République s’effectue avec des changements notables en faveur des femmes. Le Président Alassane Ouattara vient de signer un Décret portant nomination de Dagri Diabaté au poste de Grande Chancelière de l’Ordre National.

Dagri Diabaté, Grande Chancelière de l’Ordre national

Le 11 avril 2011, la Côte d’Ivoire a abordé un nouveau versant. Le Président Laurent Gbagbo est débarqué et arrêté. Avec lui s’écroule tout le système de son régime. C’est avec grandes pompes que Alassane Ouattara s’est installé. Depuis, il poursuit la construction des nouvelles institutions ivoiriennes.
Ainsi, le vendredi 13 mai 2011, le Président Ouattara à procédé à la signature d’actes réglementaires et individuels. Au titre de l’Ordre national de la République de Côte d’Ivoire, Madame Henriette Dagri-Diabaté a été nommé Grande chancelière de l’Ordre national.
Madame Dagri devient ainsi la première femme Grande Chancelière de Côte d’Ivoire. Cette femme n’est pas inconnue de l’opinion nationale. Elle fait partie de l’élite intellectuelle féminine ivoirienne. Elle est Professeure Titulaire d’Histoire et a occupé de grandes responsabilités dans l’administration ivoirienne. A ce titre, elle est l’auteure de nombreuses productions scientifiques. Les plus connues sont Le Mémorial sur la Côte d’Ivoire, paru en plusieurs Tomes avec d’autres co-auteurs. La marche des femmes sur Grand-Bassam aux Nouvelles Editions Africaines (NEA) en 1975 est l’un des ses ouvrages majeurs. Madame Dagri vient rejoindre de par cette nomination, une autre femme promue par Ouattara, la Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, assurant l’intérim de l’enseignement supérieur, Kandia Camara.

Le sens d’une nomination

La nomination de Madame Dagri au poste de Grande Chancelière de l’Ordre national, représente une avancée dans la promotion du genre en Côte d’Ivoire. La nomination s’inscrit dans le cadre de la réalisation de l’objectif 3 des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) relatif à la promotion des sexes et à l’autonomisation des femmes. Elle se loge plus précisément dans le canevas de l’indicateur 12 de cet objectif qui a trait à la proportion des sièges occupés par les femmes dans les instances de décision. La proportion des femmes dans les instances de décision en Côte d’Ivoire se décline de la manière suivante :
Au niveau des élections présidentielles de 2010
1 femme candidate aux élections présidentielles de 2010 soit 7,14% des candidats.

Au niveau de l’Ordre national de la République
1 femme, Grande Chancelière de l’Ordre national

Au niveau du Gouvernement
En 2010, les femmes ont représenté 7,5% des membres du gouvernement.

Au niveau du parlement
Après les élections de 2000, on a 19 femmes Députés sur 223 soit 08,50%.
1 femme, vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Au niveau des collectivités locales
Depuis 2000, au niveau des communes on a 9 femmes Maires sur 197 soit 4,6%.
Depuis 2000, au niveau des collectivités locales, on a 1 femme Présidente de Conseil Général sur 58 soit 01,72%.

Au niveau des partis politiques
On a 4 femmes chefs de partis sur plus de 60 qui sont fonctionnels.

La répartition des femmes au sein des partis les plus importants :
PDCI : 41 femmes sur 414 membres du bureau politique, soit 9,90%.
FPI : 15 femmes dans le secrétariat général et 9 dans le comité de contrôle sur 31 membres, soit 29,03%.
RDR : 3 femmes secrétaires nationales sur 20 membres soit 15% ; 2 femmes sur 10 au secrétariat général soit 20% ; 5 femmes sur 19 présidents de commissions techniques soit 26,31% statistiques depuis la convention nationale du 04 octobre 2008.
PIT : 1 femme sur 11 membres du secrétariat national, soit 9,09% et 3 femmes sur 45 siègent au comité central, soit 6,66%.

Au niveau de la chefferie traditionnelle
On a 1 femme chef de village sur 159 soit 01,69%.

D’autre part, la nomination de Madame épouse également l’esprit de Beijing et du Protocole de l’Union Africaine (UA) sur les droits des femmes en Afrique. Afin d’encourager et de renforcer la représentation des femmes dans les structures politiques, il convient de noter la Déclaration Solennelle de la Côte d’Ivoire sur l’Egalité des chances, l’Equité et le Genre signée par le Président Gbagbo Laurent de la République le 21 février 2007. Des points focaux ont été mis en place dans les services d’administration publique et privée. Même si le taux de 30% indiqué que les femmes doivent avoir dans les centres de discussions n’est pas encore atteint, il n’en demeure pas moins que de nombreux efforts sont faits pour améliorer leur représentativité. Il reste à souhaiter que les nouvelles autorités ivoiriennes prendront toutes leurs dispositions pour regarder avec plus de minutie les préoccupations spécifiques des femmes qui se sont accrues avec les violences qui ont cours en Côte d’Ivoire depuis l’éclatement des violences post-électorales de 2010.

dimanche 15 mai 2011

Scandale sexuel : DSK sur la branlette ?


Un de plus on peut le dire. Le DG du FMI, Dominik Strauss-Khan est mêlé a un scandale sexuel qui fait des vagues dans le milieu politique. On peut être tenté de dire. Encore lui ? Piège politique ou coup médiatique ?

Un homme presque blanc comme neige

DSK est accusé par une employée de l'hôtel SOFITEL de tentative de viol. En effet, "La jeune femme a raconté s'être débattue, mais Dominique Strauss-Kahn l'aurait alors entraînée vers la salle de bains et aurait tenté de l'agresser sexuellement. Il aurait également tenté d'empêcher sa fuite en fermant la porte de la chambre à clé". L'employée a portée plainte auprès de la police qui, sur le champ a été inculpé pour tentative de viol et séquestration. Cette affaire tombe mal dans la mesure où, le champion des socialistes français avait déjà été éclaboussé par un autre scandale où on lui reprochait d'entretenir des relations intimes avec une employée du FMI. Ce précédent n'est pas fait pour l'aider à se disculper.

Coup médiatique ou piège politique

Le scandale sexuel auquel l'homme fort du FMI est impliqué intervient au plus mauvais moment de sa carrière. Il sort à peine d'une polémique dans laquelle on lui reprochait son goût du luxe en pavanant dans des voitures de luxe. La classe politique française réagit et les médias s'emballent. Au point où on se demande si cette affaire n'a pas été montée de toute pièce pour donner un coup de pouce à DSK qui affronte un redoutable adversaire, Sarkozy.
D'un autre côté, on de dit "a qui profite le crime ?". Qui a intérêt à ruiner la carrière politique de DSK ? En tout cas ses adversaires politiques ont sauté sur l'occasion pour l'assommer. Marine Le Pen martèle que c'est un "coup d'arrêt définitif à sa carrière". En revanche, ses amis socialistes invitent à la prudence et à la réserve.
Cette affaire doit être prise au sérieux par DSK. Il serait judicieux pour le banquier d'apporter des arguments solides pour se sortir de cette intrigue qui risque de briser sa carrière politique. Très peu d'hommes politiques sont sortis "indemnes' de ce genre de situation. La présomption d'innocence devrait amener les uns et les autres à ne pas jeter l'anathème sur cet homme. La justice doit faire son travail et, seulement, en ce moment, chacun pourra tirer les conséquences du scandale.

samedi 7 mai 2011

The Expendables : sens et contresens sur la mort d’Ousasama Bin Laden


Toute l'humanité est braquée vers l'événement qui, sans nulle doute, a pris des allures planétaires. Oussama Ben Laden est mort, l'ennemi mondial Numéro un a été supprimé. La joie exprimée par les uns et les autres ne masquent pas les circonstances troubles qui ont entouré son élimination.


La mort de Bin Laden

Le Président Hussein Barack Obama a annoncé solennellement la mort de celui qui, pendant 10 ans a troublé le cauchemar des Américains. Il a été abattu au cours d'une opération menée de mains de maîtres par un commando des Navy Seals. Des scènes de liesse ont tout de suite animés les rues de presque toutes les rues de ce pays. Les messages de félicitations fusent de toutes part. "La mort de Ben Laden est un tournant dans la lutte contre le terrorisme" estime le secrétaire général de l'ONU quant le conseil de sécurité "se félicite de la mort de Ben Laden".

La statue de la liberté a les pieds dans l'eau

Les circonstances de La mort de Ben Laden laissent l'observateur averti perplexe. Les forces américaines expliquent qu'elles étaient "prêtes" à capturer Ben Laden vivant. Mais devant la farouche résistance qu'il aurait opposée, il le seul choix qui s'offrait aux soldats était l'élimination physique. Les Etats-Unis qui se disent grands défenseurs des libertés ont privilégié la méthode radicale, la stratégie de la solution totale clausewitzienne. La cible était trop encombrante. On n'en a pas encore fini avec la trop encombrante prison de Guantanamo et le statut difficilement définissable de ses locataires. Pour y arriver les soldats de choc n'ont pas à hésiter à abattre des enfants et une femme. Ils auraient été utilisés comme boucliers humains par le terroriste.
On a privé de ses libertés les plus fondamentales cet homme en l'abattant presque volontairement. En dépit des torts posés, des "crimes contre l'humanité", le DIH lui donne le droit de bénéficier d'une procédure juridique au bout de laquelle, si l'accusation de meurtres était avéré, il serait condamné, à la lumière du droit.
De plus, la Realpolitik a prévalu sur la spécificité des autres cibles. Les enfants et la femme, considérés comme simples victimes collatérales. Cette situation est d'autant plus préoccupante que la plupart des organisations des droits de l'Homme observent un silence assourdissant devant cet état de fait. Cela rappelle étrangement l'assassinat passé sous silence des petits fils de Khadaffi qui ont trouvé la mort sous les feux des pilonnages des avions de guerre de l'OTAN. Là aussi aucune ne référence, aucune dénonciation. La cause ou plutôt la guerre est juste. Qu'importe le prix à payer.
La mort de Ben Laden revêt un caractère symbolique qui explique en partie la peur de représailles dans les grandes chancelleries occidentales. Le corps de Ben Laden a été immergé au lieu d'être enterré. La mise en terre signifie la fixation du corps dans un lieu bien déterminé. Ce rite comporte des risques qu'il faut éviter. Les américains ne veulent pas courir le risque de voir le tombeau de Ben Laden se transformé en lieu de pèlerinages mondial des terroristes. Pour d’éventuelles messes noires. Mais selon un responsable de l'armée l'immersion a été précédée d'un rituel qui a respecté les pratiques musulmanes en matière de gestion des dépouilles mortelles.
Mais le résultat est le même. Les eaux doivent engloutir Ben Laden et les vagues de lamer effaceront les traces ensanglantées de ses œuvres. En revanche, il va à l'encontre de deux principes politico-juridiques élémentaires. Dans un premier temps il prive la famille de Ben Laden de disposer du corps de son fils, père et grand père. La famille ne jouira pas du droit de lui accordé des funérailles respectueuses de sa personne. La famille ne verra ni le corps encore moins le lieu où il a été enseveli. Il a disparu comme un vulgaire nageur qui se noie dans les eaux de la mer. De plus, cet acte prose préjudice à la communauté religieuse à laquelle il appartenait : la communauté musulmane. Encore une fois, l'Amérique a fait preuve de son arrogance légendaire. L'histoire se répète avec elle.
On se souvient en effet de Saddam Hussein. Il a été pendu le jour de la grande fête des musulmans.

lundi 25 avril 2011

Destruction des monuments érigés par le régime de Laurent Gbagbo ou la persistance de la religion dans la dynamique conflictuelle en Côte d'Ivoire.


Depuis la chute du régime de Laurent Gbagbo, les destructions des monuments qu'il a érigé se succèdent. Derrière ce vaste programme de démolition se profile l'ombre informe mais omniprésent de la religion.

La bible, le coran, le cauris et le fusil dans la guerre en Côte d'Ivoire


La guerre éclatée en Côte d'Ivoire le 19 septembre 2002 a fait couler beaucoup d'encre et de sang. Au nombre des raisons avancées pour l'expliquer se situe la religion. En effet, derrière le voile des logiques identitaires et économiques qui animent les forums des intellectuels et des populations se cache la religion. Même si, pour apaiser les esprits elle n'a pas fait l'objet d'une attention approfondie, elle demeure l'un des facteurs catalyseurs de la crise. Et la crise post-électorale survenue après les élections présidentielles de novembre 2010 en est une parfaite illustration. Plusieurs églises et mosquées ont été détruit, des leaders religieux ont été également battus ou abattus. Les partisans de La Majorité Présidentielle (LMP) et ceux du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et Paix (RHDP) se sont opposés à cause de la religion.
Dans le camp de LMP, ont accusent les adversaires d'être des adeptes de la sorcellerie, des impies qui se livrent "à des meurtres rituels" pour boire le sang susceptible de renforcer le pouvoir. Pis, ont a accusé les membres de RHDP, assimilés aux musulmans, de dissimuler des armes (armes à feu et armes blanches) et d'inciter les fidèles à la haine contre Gbagbo. Le bloc RHDP regarde LMP avec circonspection. Et pour cause. C'est une association d'hypocrites qui, sous le vernis fallacieux et spécieux de l'amour en christ, se livrent à des pratiques de fétichisme et la débauche sexuelle. Ce sont des jouisseurs qui écument les églises à la recherche de la richesse. Bref, des "adeptes du vaudou". Les effets de ces antagonismes ont été immédiatement ressentis dès l'épilogue de la bataille d'Abidjan.

La déconstruction pour briser l'envoutement

Le 11 avril 2011, Gbagbo Laurent est renversé. La plupart des monuments construits sous son règne le suivent dans sa chute. Le nouvel homme fort d'Abidjan, le "brave tchè" tel John Wayne opposé au méchant Billy the Kid alias Laurent Gbagbo, continue de tirer sur le bad Billy pour l'achever. La consigne est clair et sans équivoque, "Tous seront détruits" comme l'a signifier Soro Kigbafori Guillaume, le Premier Ministre et Ministre de la défense.
Dans cette logique de destruction, nous avons assisté ce dimanche matin pascal du 25 avril 2011, sous une pluie battante, à la "mise à mort" de Saint-Jean. Le monument du carrefour Saint Jean a été détruit et le "corps" du saint a été démembré. Son corps "git" dans la broussaille sur la voie qui mène à l'hôtel Ivoire où se dresse fièrement la statue de Latrille, l'un de rares survivants de la crise, quant, de l'autre côté de la route, tout juste près des gravas se trouve sa tête qui, tourné du côté du marché semble dire aux passants et à ses "bourreaux", "Seigneur pardonne leur ce qu'ils font". Apeurés ou tristes les fidèles qui sortaient de la messe ce dimanche ont sans doute priés intérieurement pour la seconde mort de l'apôtre Jean. Dans la foule massée autour certains ont assisté hébétés, heureux ou curieux.
Pour immortaliser l'évènement ceux qui avaient des téléphones portables ont, avec ces appareils, fait des photos ou filmé la cérémonie. De Saint-Jean, il ne reste qu'un tas de sel ou plus précisément de pierres comme pour "punir" les curieux qui, au mépris du commandement du Seigneur se sont retournés pour regarder "Sodome et Gomorrhe", villes détruites par le déluge de feu et de souffre du Seigneur. Pauvres descendants de la femme de Lot, qui a osé retourner, par son regard, aux vices, milles péchés du vieil homme mort de Saint Paul.
Pour le nouveau régime la destruction s'inscrit dans la logique de "désinfection" de la ville d'Abidjan. Selon ses représentants, il s'agit de briser les liens sataniques scellés avec les sacrifices humains. Selon ces derniers, le régime de Laurent Gbagbo aurait enterré des corps humains sous ses monuments pour assurer un meilleur contrôle de la ville. Les échecs répétés essuyés par les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) pour pendre la ville d'Abidjan sont liés au pouvoir de ces sacrifices. Pour briser l'envoûtement il faut donc casser ces monuments. Or, nous n'avons vu aucun ossement humain sous Saint Jean. Comme pour clamer son innocence sous le sceau du commandement qui prescrit que "tu ne tueras point".

La tête de Jean-Baptiste, offrande du régime Ouattara ?

Dans les Saintes écritures, pour plaire à la fille d'Hérodias, le roi Hérode lui offrit, "sur un plat" la tête de Jean-Baptiste. Ce passage biblique a une saisissante correspondance avec le déroulement des évènements en Côte d'Ivoire. L'histoire raconte que Hérodias pour satisfaire sa dulcinée, "Il envoya sur-le-champ un garde, avec ordre d'apporter la tête de Jean-Baptiste" (Marc6:27). En Côte d'Ivoire la destruction des monuments intervient également "sur-le-champ", sur le tas des restes encore fumants du régime de Gbagobo. Mais il fallait y aller vite "à cause de ses serments et des convives" que sont les populations et, au-delà les militants et sympathisants du RHDP.
On peut lire plusieurs logiques dans ce projet de démolition de monuments. La plus importante est la persistance de l'idée de Dieu, de la religion dans le champ politique ivoirien. Cette idée a survécu et continue de survivre aux différents régimes politiques. Les premiers acteurs de la construction de la 3ème République n'échappent pas à cette constante. Malgré eux, les acteurs politiques sont tous happés par l'irrésistible appel des sirènes de la religion en revêtant plusieurs formes. Sous Houphouet Boigny on a parlé des pratiques fétichistes de certains opposants ou collaborateurs qui ont utilisé les fétiches pour nuire au Président. On se souvient de cet épisode plus connu sous le nom des "complots d'Houphouet Boigny". Plus récemment le Général-Président Guéï Robert a exhibé les appartements luxueux de l'ex-Président Bédié comme un "fétiche". Et les pratiques mystiques (invulnérabilité aux balles et aux armes blanches, aptitudes à disparaître et apparaitre, etc.) des "Soldats de la Lumière" de Soro Guillaume, plus connus sous le nom de "Dozos" continuent de faire des vagues.
Cette propension à accuser son adversaire d'adepte de fétichisme vise un objectif majeur. Le disqualifier aux yeux de l'opinion pour le détruire politiquement. Et parfois physiquement. Cela traduit la cohabitation entre le politique et le religieux dans l'exercice du pouvoir en Afrique. Depuis l'Afrique précoloniale, le souverain s'est toujours entouré de son armée de "sorciers" et de "devins". Aujourd'hui encore les hommes politiques au Sénégal sont accompagnés de leurs marabouts. La religion apparaît sous les traits du marabout, du féticheur, de l'Imam ou du Pasteur. Cette idée de Dieu est omniprésente. Ici, cette représentation ou cette croyance vient "compléter" ou "renforcer" le déficit ou la faiblesse des capacités du souverain. La zone d'incertitude est vite comblée voire renforcée par une puissance jugée supérieure à celle qu'il possède déjà. Dans un environnement jugé trop dangereux, il est bon et rationnel de se protéger en se confiant en un Dieu. La destruction des monuments se loge dans l'idée que, pour affaiblir l'ancien régime et renforcer le tien, il faut se débarrasser de ces "fétiches" de pierre. On détruit donc pour se confier en une autre divinité qui, pour l'heure n'a pas de visage. Toutefois en lisant attentivement les communiqués officiels produits par les nouvelles autorités et les journaux qui leurs sont proches, on est frappé par la surabondance des mots qui font référence à un langage qui invite à une messe de purification ou une vaste cérémonie d'exorcisme ou encore à une séance de prières et de délivrance. Ainsi on y retrouve les mots "désinfecter', "désinfection", "nettoyer", "chasse aux sorcières", "exhortation", "meurtrissures", "délivrance", "pardon", "Dieu bénisse la Côte d'Ivoire", etc.
Les pratiques militaires s'inscrivent aussi dans cette trajectoire. Elles fonctionnent comme un témoignage. Dans les Saintes écritures, Jésus a dit a l'aveugle Bartimée d'aller partout pour rendre témoignage de sa rencontre avec Jésus et pour montrer sa guérison, symbole de sa gratitude envers Dieu. Jésus avait dit a ses disciples, "aller partout dans le monde" et faites des disciples. Ce commandement de rendre témoignage de sa "conversion" transparaît aussi dans les pratiques du nouveau régime. En témoigne les photos diffusées sur Internet où l'on peut voir l'ex-Première Dame, Simonne Gbagbo, entourée par six (6) membres des FRCI fièrement exhibée comme un trophée de guerre. Ou encore celle de l'arrestation du premier responsable de la Garde Républicaine (GR), Dogbo Blé, qui pose avec des éléments FRCI en joie. Le Premier Ministre, dans son dernier communiqué a affirmé au sujet des monuments "Certains le seront spécialement en présence des organisations non gouvernementales nationales et internationales, d’organisations des droits de l’Homme et de médecins légistes ». L'exhibition ou la destruction des monuments devant tout le monde relève d'une stratégie d'insertion et d'occupation de l'espace public. Par l'action militaire (les FRCI) ou civilo-politique (les membres du Gouvernement et le Président), le nouveau régime s'installe dans l'espace public et l'occupe par la destruction les produits qui font référence à l'ancienne équipe dirigeante. C'est une forme de réécriture de soi par transgression des commandements d'une autre entité religieuse. Faire une offrande à un autre Dieu en détruisant le Dieu-adversaire. Les monuments érigés par Laurent Gbagbo sont le veau d'or de son régime que, tel Moïse, Alassane Ouattara vient détruire pour réconcilier le peuple ivoirien avec son Dieu.

mardi 19 avril 2011

La Sorbonne du Plateau survivra-t-elle à la bataille d'Abidjan?


avril 2011, la bataille d'Abidjan qui opposait depuis la proclamation des résultats du second tour des élections présidentielles en Côte d'Ivoire a connu son dénouement. Laurent Gbagbo a été débarqué du pouvoir. Au lendemain de son éviction, on se demande si la Sorbonne du Plateau survivra à son départ.

La bataille d'Abidjan ou le combat à mort des frères ennemis

Dans la nuit du jeudi 31 mars au vendredi 1er avril, de violents combats opposent les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire (FDS) aux Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI). Les derniers sont appuyés par les forces impartiales.
A près l'échec de cette attaque au cours de laquelle les FDS sont attaqués sur plusieurs fronts, les FRCI tentent plusieurs assauts en vain. Plusieurs assauts sont lancés mais connaissent le même sort. Du dimanche 10 au lundi 11 avril la résidence présidentielle subit un déluge de feu sous les bombardements d'hélicoptères de combat français et de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI). Laurent Gbagbo capitule et proclame la fin des hostilités. Les officiers de l'armée font allégénace à Alassane Ouattara nouveau Président de la République de Côte d'Ivoire.

La Sorbonne sous les feux de la crise

Au cours de la pacification d'Abidjan, une visite sur le site de la Sorbonne, le lundi 18 avril appelle certaines observations. Les magasins sont largement éventrés. Toutefois la plupart d'entre eux ont été épargnés. Le site est verrouillé par de nombreux combattants FRCI qui en assurent la garde. Pour enlevés leurs articles, les commerçants s'orientent vers les soldats qui, à l'occasion un cahier d'inscription. Après enlèvement des articles ils se rendent au commissariat du 1er arrondissement pour obtenir un laissez-passer.
Dans la cohorte de personnes rencontrées, aucun orateurs de la Sorbonne. Les Sorbonnards ont fuient l'espace par mesure de sécurité. Le 18 avril 2011, jour de la reprise du travail, on a plutôt rencontré des agents de la police municipale qui ne cachaient pas leur joie. Ils sont maintenant les nouveaux maîtres de la Sorbonne. Ils ne le cachent pas à l'image de Kamso, "C'est nous on gère ici maintenant. On nous a frappé ici jusqu'en mais aujourd'hui c'est nous les chefs". Yvers, un autre agent enchaîne "On va casser tout çà là pour bien travailler. Les vagabonds là vont aller se chercher ailleurs". Notons qu'à plusieurs reprises, ces agents ont été tabassés par les Sorbonnards. Dans sa chute Gbagbo Laurent, leur protecteur, les a entraîné dans le désespoir. Son éviction a ruiné leur positionnement sociale et politique.
Au milieu des ruines, les passant, commerçants et soldats FRCI piétinent les documents et certains s'asseyent sur les estrades réservés aux débats et autres échanges. La réhabilitation du site et son affectation pour un usage non patriotique met en péril les activités de la Sorbonne. Où iront s'alimenter les nombreux fonctionnaires, élèves et autres visiteurs de ce site ? Que feront les sorbonnards et les "professeurs" ?
On peut de façon empirique prédire des lendemains difficiles pour la Sorbonne. Elle ne vaut que par la possession du site où elle exerce ses activités. Dès lors, la perte de ce site marque un blocage sinon une rupture dans son fonctionnement. Même une délocalisation des activités sur un autre site ne pourra pas remplacé les avantages comparatifs tirés dans l'ancien site.
Mais au-delà de la perte de cet espace physique, on peut s'attendre à des changements profonds au niveau des espaces de discussions de rues notamment, les "agoras" et "parlements". Ces espaces seront confrontés à la dure réalité de la posture de l'opposant. Soit ils disparaitront, soit ils fonctionneront à la lisière de l'espace politique qui, sans nul doute leur sera réduit. Ou, ils s'aligneront au respect des consignes de fonctionnement édictées par le régime Ouattara. On peut s'attendre à ce que la cohabitation des "agoras" et "parlements" avec le pouvoir de Ouattara soit difficile.